les dérives de la publicité financière sur Instagram

C’était mieux avant…

Avant les réseaux sociaux, quels étaient les médias disponibles pour faire de la pub ? Il y avait la presse, la radio, et bien sûr… la télévision. L’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP), anciennement Bureau de Vérification de la Publicité (BVP), avait alors pour mission de mener « toute action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine ». En bref, cette autorité de contrôle indépendante pouvait filtrer les spots de pubs diffusés sur les chaines françaises au milieu de programmes de qualité comme le Bigdil, Joséphine ange gardien, Fort Boyard, ou Parker Lewis…

Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible
Patrick LE LAY, cité dans Les dirigeants face au changement paru en 2004

Aux début des années 2000, le président de TF1, filiale de Bouygues, avait alors exprimé sans détour sa vision du modèle économique : acheter des programmes, et vendre de l’espace publicitaire aux annonceurs en leur garantissant une audience « disponible ». Le bénéfice opérationnel dégagé dépendant de l’aptitude de la chaîne à acheter bas et vendre haut. Or cette disponibilité n’était pas chose facile à obtenir car « il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise ».

Mais les choses ont-elles fondamentalement changé depuis l’avènement des réseaux sociaux, nouveau média par excellence ? La télé généraliste est remplacée par l’expérience personnalisée smart phone, la chaine TF1 par le réseau Instagram, le français Bouygues par l’américain Meta, la ménagère par la génération Z etc sauf… l’autorité de régulation de la publicité qui a perdu tout contrôle sur les diffusions des réseaux sociaux naviguant sous pavillon US.

Ce défaut de régulation a ainsi ouvert les portes à tous les annonceurs disposant d’une carte bancaire valable, au profit d’un grand nombre d’annonces sponsorisées frauduleuses…

Exemples de posts « sponsorisés » Instagram

l’identité d’Airbus est usurpée.

L’avionneur européen Airbus aurait élargi sa gamme de produits pour offrir de nouveaux services financiers aux particuliers. Un mystérieux « livret Airbus » aux taux de 6.39% net, sécurisé, disponible. Problème : ce livret n’existe pas.

L’identité de Crédit Agricole est usurpée.

Le visuel de la formule de compte pro Propulse du numéro 1 de la banque en France est détourné pour mettre en avant un mystérieux livret d’épargne « européen » délivrant 6.25% de performance. Problème : ce livret européen n’existe pas.

L’identité d’Euronext est usurpée.

La société financière qui regroupe les places boursières de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Dublin, Lisbone, Milan et Oslo proposerait des formations au trading, qui plus est au trading « boursier », permettant aux stagiaires d’obtenir un « certificat officiel ». Problème : cette formation n’existe pas.

L’identité de Fortuneo est usurpée.

La banque en ligne, filiale de Crédit Mutuel Arkea, proposerait un « livret d’épargne au taux boosté délivrant 6.39% net par an ». Problème : le taux du livret+ de la banque n’est que de 1.8% par an.

l’identité d’HSBC est usurpée.

L’annonceur « le Guide du Rendement » vante les mérites d’un « livret HSBC Or » délivrant 6.70% net par an. Sous réserve d’éligibilité, un formulaire permet de capter les coordonnées de l’usager naïf. Problème : ce compte n’existe pas.

L’identité de Marc TOUATI est usurpée.

L’économiste et écrivain aurait créé un groupe WhatsApp permettant de détecter les futures opportunités de marché. La « précision boursière » serait de 98%, et la performance serait de 37 500%. Problème : ce n’est pas Marc Touati qui anime le groupe WA.

L’identité de Trade Republic est usurpée

La broker allemand, spécialiste du zéro commission et néanmoins adepte de la rémunération de son carnet d’ordre (PFOF), revendiquerait également une « précision de 98% de ses prévisions ». Problème : Trade Republic ne fournit pas de conseil d’achat.

Rappel : réglementation d’un Conseil en Gestion de Patrimoine

Sur un réseau social, difficile donc de séparer le bon grain de l’ivraie. Tous les annonceurs ont accès à la plateforme, sans aucun contrôle du contenu publié. C’est ainsi qu’un post pour un prétendu livret crypto garantissant 10% par an côtoie les messages de prévention de l’AMF, l’Autorité des Marchés Financiers.

Les Conseils en Gestion de Patrimoine, en revanche, sont soumis à une réglementation stricte :

  • Obligation pour les Conseils en Investissement Financiers (CIF) d’obtenir la certification AMF et d’adhérer à une chambre nationale (par exemple la CNCGP),
  • Obligation pour les courtiers de s’enregistrer dans le Registre Unique des Intermédiaires en Assurance, Banque ou Finance (site de l’ORIAS)
  • Obligation d’informer le client et de formaliser son devoir de conseil, en fournissant notamment un Document d’Entrée en Relation, une Lettre de Mission, en effectuant le recueil des informations clients et du profil investisseur, et en formulant une déclaration d’adéquation.
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